Mon père avait coutume de dire “la vie est un combat”.

Je détestais cette formule car j’avais peur de perdre et préférais ne pas me battre, comme Gribouille qui saute dans la rivière pour se protéger de la pluie.

Je n’avais pas pris garde au mot à mot: la vie n’est ni une victoire, ni une défaite devant la mort. Elle réside dans la lutte elle-même. Rien de plus frustrant qu’un “repos du guerrier” qui se prolonge au delà de l’indispensable. Cette frustration doit réveiller l’ardeur, amener à reprendre les armes.

J’imaginais un combat isolé, alors qu’il est sans fin renouvelé, et qu’il s’engage sur tous les fronts. Je ne suis là que parce que des milliards d’êtres ont lutté avant moi, et je ne vaux que par ce que je transmets autour de moi.

Une seule chose est certaine: très peu de temps m’est accordé, je n’ai pas une seconde à moi. Il faudra rendre compte de tout ce que j’aurai gaspillé, de toutes les opportunités que j’aurais laissé passer, de toutes les potentialités que j’aurai gâchées.

Et c’est chaque jour que je manque à mes obligations, chaque minute que je faillis à ma tache. Ma dette ne cesse de croître, alors, quelle tentation de tout laisser tomber!

Ce serait oublier que l’appréciation de mes actes est encore ce qui m’appartient le moins. L’enfer est, comme on dit, pavé de bonnes intentions. Quelles erreurs ne commet-on pas tant on a hâte de se mettre la conscience en paix!

Le juste est celui dont le cœur est broyé sous le poids de sa faute.

Françoise Le Gallo, le 20 juin 2002